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L'Orphelin et le brigadier, opéra-comique de Prosper de Ginestet

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Partition d’orchestre de L’Orphelin et le brigadier, opéra-comique de Prosper de Gisnestet

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Partition d’orchestre de L’Orphelin et le brigadier, opéra-comique de Prosper de Gisnestet

« L'Orphelin et le brigadier » est représenté deux fois à l'Opéra-comique en 1827. Si le livret de Paul de Kock parait faible, la musique de Prosper de Ginestet en revanche est accueillie avec plaisir. La partition d'orchestre inédite est conservée aux Archives départementales et consultable en ligne.


Argument du spectacle

Pour ce deuxième ouvrage présenté à l'Opéra-comique, Prosper de Ginestet collabore avec Paul de Kock (1793-1871), romancier, auteur dramatique et librettiste. Son roman Gustave, ou le Mauvais sujet est paru en 1821. Il en tire un livret pour l'opéra qui est donné pour la première fois le 13 octobre 1827 dans la salle du théâtre Feydeau. Comme pour son précédent opéra, Prosper de Ginestet garde un semi-anonymat en se faisant appeler M. Prosper.

Le résumé de la pièce qui suit est emprunté au compte rendu donné le 15 octobre 1827 par Le Courrier français, n° 288 (203 J 16) :

« Un enfant de l'Amour et de Mars, le fils naturel d'un colonel, a été confié par sa mère mourante aux soins d'un brigadier. Dès son plus jeune âge, cet enfant s'est signalé dans les combats, et plus tard il a triomphé du coeur de Mlle de Belle-Chasse, dont le père est presque le seigneur de son village. Il a triomphé même de son rival, qu'il a blessé dans un duel. Mais ce rival est son capitaine, et c'est blesser toutes les lois que de se battre avec son capitaine quand on n'est qu'un simple soldat. Celui-ci va être jugé par un conseil de guerre. Un coup fatal va trancher les jours de ce jeune Achille et borner dans son commencement le cour de ses exploits galans et guerriers. Mais ces enfans naturels sont toujours heureux. Gustave reçoit un brevet d'officier ; sa nomination d'une date antérieure à son duel annule toute la procédure en prouvant qu'il s'est battu avec son égal. Il retrouve en même temps un père dans son juge, un bienfaiteur dans le colonel, une fidèle amante dans sa chère Constance et un beau-père dans le gentillâtre Belle-Chasse, qui se propose de faire creuser des fossés autour de sa petite maison pour lui donner l'air d'un château. »

Accueil du public

Les comptes rendus dans la presse, conservés par Prosper de Ginestet (203 J 16), sont très sévères pour la première représentation, en particulier pour le livret.

  • Le Courrier français, n° 288, 15 octobre 1827.

« Quand la France était, pour ainsi dire, toute guerrière, cette pièce aurait sans doute obtenu du succès. Elle contient beaucoup de réflexions sur l'inflexible sévérité de la discipline. Elle aurait pu tenir place auprès de l'Enfant du malheur, l'Enfant du bonheur et tous les enfans de l'amour ; mais les temps sont changés, et ce petit drame a dû nécessairement paraître froid à des spectateurs qui ne sont pas appelés à réformer le code pénal militaire, et préfèrent des tableaux de moeurs à des situations romanesques.

La musique est un peu faible, mais elle ne manque pas d'une certaine grâce ; on aurait désiré seulement qu'elle fût plus guerrière dans un sujet tout guerrier. Plusieurs morceaux ont été fort applaudis.

Le premier acte a été écouté avec bienveillance ; et, sans la malencontreuse reconnaissance qui s'opère au dénoûment, il est probable qu'aucun bruit fâcheux n'aurait troublé la représentation. Les acteurs ont rivalisé de zèle et de talent. Mlle Prévot est charmante dans le rôle de Constance. Vizentini, chargé de toute la partie comique de l'ouvrage, a fait très-bien ressortir la suffisance et les prétentions ridicules de M. de Belle-Chasse qui, ne comptant que des imbécilles dans son village, se croit le premier de son endroit. »

  • Journal des débats politiques et littéraires, 15 octobre 1827.

« Le théâtre de l'Opéra-Comique abonde en mauvaises pièces. Quand on voir défiler des ouvrages tels que l'Orphelin et le Brigadier, on se demande s'il existe un comité de lecture, et quelle est son utilité. Comment a-t-on pu fonder la moindre espérance sur un drame aussi dépourvu d'élémens de succès ? On n'y trouve ni intérêt, ni comique ; beaucoup de scènes inutiles embarrassent le premier acte, et l'action la plus vulgaire n'a point obtenu grâce en faveur des détails dont on l'avoit ornée. On s'est ennuyé dès la première scène ; l'ennui est allé crescendo ; il a fait son explosion en sifflemens, et le public, accablé par une semblable représentation, s'est répandu en foule dans les corridors, comme si le malencontreux orphelin le poursuivoit encore. Le plus grand nombre a fait une retraite précipitée. [...]

Ce petit drame inspire peu d'intérêt. L'action languit, et les caractères ne sont pas tracés avec assez de vigueur. Un amour qui fait oublier le rang et la naissance, et qui met une fille dans la position de braver l'autorité paternelle, doit être senti et exprimé avec plus d'enthousiasme et de passion que ne l'a fait Constance. Son rôle est assez insignifiant, et pourtant c'est le plus fort de la pièce. Vizentini, qui représentoit M. de Belle-Chasse, étoit chargé d'égayer ce drame sentimental : il y a réussi quelquefois. Quand on fait dire des bêtises à cet acteur, j'aimerois beaucoup mieux que ce fût en langage vulgaire et sans prodiguer mal à propos les sons des cors, des clarinettes et des bassons pour accompagner une voix peu musicale, et dont le timbre foible ne sauroit se marier à l'harmonie de ces instrumens.

Il y a de la mélodie dans la musique de M. Prosper, l'orchestre en est disposé avec talent, le morceau d'ensemble qui suit le duel est d'un bon effet sous le rapport du style et de la mise en scène, les couplets de la petite paysanne ont un tour agréable. Mais cette musique manque d'artifice, le plan en est trop souvent vague ou mal arrêté et le début des morceaux promet plus que leur péroraison ne tient. Les airs en agitato du colonel et de Constance ne sont pas conduits avec la gradation et terminés avec la véhémence que leur caractère exigeoit. Les motifs de l'ouverture ont été peu sentis, tous les instrumens s'en disputoient les fragmens, et cette manière d'écrire ne convient qu'aux détails d'une seconde partie de symphonie. Nous avons reproché avec raison à nos anciens compositeurs de faire suivre le chant à la piste par les violons, il ne faut pas croire pour cela que cette répétition exacte faite par un hautbois, une clarinette, une flûte, soit plus agréable et moins fatigante. Je sais bien que M. Prosper a sa justification toute prête en alléguant l'inexpérience de ses chanteurs et la foiblesse de leurs moyens ; il a été obligé de doubler ses mélodies dans l'orchestre afin de les préserver du danger de passer inaperçues.

M. Prosper a étudié les partitions de Rossini ; il a travaillé dans le sens de la nouvelle Ecole ; de telles innovations ne peuvent réussir qu'en étant soutenues par le pouvoir exécutif des virtuoses ; et tout le monde conviendra qu'il a été mal secondé. Il ne suffit pas d'échelonner sept voix sur les pages d'une partition, et de camper sept acteurs sur l'avant-scène, il faut encore que ces sept acteurs aient une voix qui sonne, et qu'ils puissent gouverner avec art, pour donner aux groupes musicaux le degré de force et d'intensité qu'ils réclament, et pour nuancer avec adresse les demi-teintes qui font ressortir les grands effets. Puisque notre Opéra-Comique a l'intention de nous donner des opéras, et d'adopter le genre qui peut lui promettre des succès, il faut nécessairement qu'il se mette en mesure pour cette nouvelle entreprise. »

  • Gazette de France, n° 289, 16 octobre 1827.

« La fatalité semble poursuivre ce théâtre depuis l'événement d'où devait dater pour lui une nouvelle ère de félicité, c'est-à-dire depuis la rentrée des dissidens. Il n'a donné que deux petites nouveautés en deux mois, et voici la seconde chute que nous avons le regret d'annoncer ! Le sujet avait pourtant de quoi intéresser les cœurs tendres : les personnages sont des officiers de housards, et tous, depuis le colonel jusqu'au maréchal-des-logis, sont amoureux, non comme des housards, mais comme des héros de roman. Ce maréchal-des-logis est l'Orphelin que promet le titre de la pièce ; mais cet orphelin a un père, et ce père est le colonel du régiment. Le Brigadier, autre personnage promis par le titre, et qui a reçu le jeune Gustave de mains de sa mère, est possesseur d'un portefeuille où sont renfermées les preuves de sa naissance. Mais il a bien soin de ne les produire qu'à la dernière scène, attndu que ce vieux brigadier, qui est un homme de tête, juge fort sensément que toutes celles qui précèdent seraient complètement inutiles, si le secret de la comédie perçait trop tôt. D'ailleurs Gustave, qui reçoit son brevet d'officier en même temps que son acte de naissance, ne pourrait pas être condamné à mort pour s'être battu contre un autre officier, qui se permet, comme lui, de soupirer pour Mlle Constance ; or, une sentence de mort est toujours d'un excellent effet dans un opéra-comique. Après cette sentence, ce qui devait contribuer merveilleusement à la gaîté de l'ouvrage, était un bourgeois campagnard tranchant du seigneur, qui n'ouvre pas la bouche qu'il n'en sorte une grosse balourdise. Toutes ces gentillesses ne sont cependant point parvenues à dérider le public ; et même, s'il faut tout dire, le sifflet du machiniste pour faire baisser la toile a été accompagné de plusieurs autres.

Semblable au peuple romain qui voulait voir mourir les gladiateurs avec grâce, nos parterres ne se contentent pas de donner le coup de la mort à un auteur qu'ils ne connaissent pas ; ils exigent encore qu'on leur nomme la victime pendant qu'elle expire : l'écrivain qui venait d'expier si douloureusement la paternité de la pièce nouvelle, a su échapper à ce dernier acte de la cruauté du public, en le faisant prier de trouver bon qu'il gardât l'anonymat. Des voix, qui n'étaient point malveillantes, se sont alors élevées pour demander à connaître l'auteur de la musique. Comme il ne méritait pas assurément de partager la disgrâce de son malencontreux, on n'a fait aucune difficulté de nommer M. Prosper. Nous avons toutefois quelque raison de croire que derrière ce M. Prosper qui n'est qu'un être fictif, se cache un amateur trop modeste. Il est probable qu'il n'a point gagné le premier prix de composition au Conservatoire, qu'il n'a point été envoyé à Rome pour y apprendre à devenir un Cimarosa ou un Rossini ; mais il est certain que son ouvrage annonce du goût, la connaissance de l'art et l'étude des grands modèles. Quelques airs et duos fort agréables auraient fait la fortune de plus d'un artiste patenté ; mais il a suffi de deux morceaux pour leur faire reconnaître un émule dans un simple amateur : ce sont le finale du premier acte, et plus encore le sextuor qui ouvre le second. On a trouvé le style de ce sextuor un peu sévère : il eût été juste d'observer qu'il n'est question dans les paroles de ce morceau, que de l'arrêt fatal qui va envoyer le jeune orphelin à la mort. M. Prosper mérite des actions de grâces particulières de toutes les personnes qui n'ont pas les oreilles doublées de maroquin, suivant une expression connue : il leur a épargné le supplice d'entendre le frac continuel de ces étourdissantes timbales de Feydeau, qui surpassent, et de beaucoup, le bruit formidable de ce batteur de mesure que Jean-Jacques appelait le bûcheron de l'Opéra. »

À la deuxième représentation, la critique est plus indulgente.

  • Le courrier des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, n° 186, 20 octobre 1827.

« La deuxième représentation de l'Orphelin et le Brigadier a été tranquille, mais à la fin de la pièce quelques sifflets ont encore protesté contre un dénouement brusque et maladroit ; mieux entendue, la partition a été mieux goûtée, et l'on a surtout applaudi un sextuor avec choeur qui est du meilleur effet ; en général la musique de M. Prosper est bien orchestrée, et c'est un mérite très rare chez les compositeurs-amateurs.

Ce mot d'amateur dont nous nous sommes déjà servi une fois, a paru impropre à l'un de nos abonnés, qui nous a renvoyés au dictionnaire de J.-J. Rousseau, et nous y avons vu qu'on appelle amateur celui qui, sans être musicien de profession, fait sa partie dans un concert. Comme l'exemple choisi par J.-J. Rousseau nous paraît énonciatif et non limitatif, nous persistons à croire que le mot d'amateur peut s'appliquer au musicien composant comme au musicien exécutant, et en général à quiconque s'exerce dans un art, par plaisir et non par état. Nous convenons, au reste, que beaucoup d'amateurs sont devenus des maîtres, et l'auteur de la musique de l'Orphelin et le Brigadier nous paraît en bon chemin pour atteindre un jour ce but glorieux.

Mlle Prévost chante très bien maintenant son air du second acte, Thianni qui, après avoir doublé Chollet dans Marie, le remplace encore dans la pièce nouvelle, chantera aussi son morceau du premier acte, quand il aura moins besoin du souffleur, et qu'il sera moins dominé par la crainte. »

  • Journal du commerce feuille politique, littéraire, annonces judiciaires, légales, industrielles, etc., n° 2857, 22 octobre 1827 [ADH, 203 J 16]

« Le public du théâtre Feydeau a beaucoup mieux accueilli la seconde représentation de l'Orphelin et le Brigadier. La musique, car l'appel du premier jugement n'était recevable que pour elle, la musique a été écoutée avec plaisir. On a rendu justice au style gracieux de la plupart des morceaux de cette partition, à la coupe dramatique du finale du second acte et aux jolis couplets chantés par Mme Pradher. La froideur et la trivialité du poëme ont seuls entraîné la chute de cet ouvrage : M. Prosper peut se regarder comme hors de cause ; nous l'invitons cependant à prendre ses mesures pour ne pas s'exposer à gagner ainsi un nouveau procès. Le poète et le musicien sont solidaires l'un pour l'autre, et les éloges que l'un des deux peut mériter sont de bien faibles consolations lorsqu'ils lui parviennent à travers les sifflets. »

En savoir plus

Conservée aux Archives départementales sous la cote 203 J 114, la partition d'orchestre inédite est numérisée et consultable en ligne, le formulaire de recherche Trésor d'archives (saisir par exemple Brigadier comme mot-clef) ou l'inventaire du fonds des archives des familles Ginestet et Roux de Puivert. Cette partition porte un second titre, La Journée militaire, et s'articule en trois actes, alors que spectacle finalement représenté n'en comptait que deux.

Les Archives nationales conservent dans le fonds de la censure des pièces de théâtre un livret du spectacle, sous la cote F18/614, mais pas de compte rendu des censeurs. Le livret porte comme titres alternatifs Gustave et Le Jeune Maréchal des logis.

 

Notice du spectacle dans l'ouvrage suivant :

WILD (Nicole), CHARLTON (David), Théâtre de l'Opéra-Comique Paris : répertoire (1762-1972), Sprimont, Mardaga, 2005, n° 1318.