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Petit meurtre en famille

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Il y a plus de 350 ans, le 5 juin 1667, disparaissait, dans d’atroces souffrances et après dix-neuf jours d’agonie, Diane de Joannis, marquise de Ganges, assassinée.

Que s’est-il passé le 17 mai 1667 à Ganges (Hérault), pour en arriver là ?

De quoi la marquise de Ganges est-elle morte ? Et pourquoi ?

Un petit retour en arrière s’impose…

 


Un premier malheur

Veuve d’un premier mariage, Diane de Joannis, née en 1635 en Avignon,  épouse, en 1658, Charles de Vissec de Latude, baron, puis marquis de Ganges. Le malheur de Diane veut que le baron ait six frères, dont deux vont jouer un rôle sordide. Le baron est l’aîné. Le cadet, Henri, est abbé sans cure et le troisième, Bernard ou Bernardin, porte le titre de chevalier.

Un deuxième malheur

L’autre malheur de Diane veut qu’elle soit l’unique héritière de son grand-père paternel, Melchior Jacques de Jaonnis, très riche conseiller d’Etat au Comtat Venaissin, retrouvé mystérieusement noyé dans le Rhône en 1664. Des soupçons pèsent sur les trois frères dans cette disparition.

Dès lors, ses deux beaux-frères, aidés par le précepteur de ses deux enfants, l’abbé Perrette, avec ou sans la complicité de son mari, n’auront de cesse de lui extorquer un testament en faveur de leur frère aîné, et, par ricochet, en leur faveur.

Parvenus à leur fin, pensent-ils, avec le testament arraché à leur belle-sœur le 20 avril 1667 à Ganges, ils projettent de s’en débarrasser définitivement.

Le vendredi 17 mai 1667, tous deux pénètrent dans sa chambre avec la ferme intention de la tuer. Ils lui demandent de choisir entre le feu, le fer ou le poison…

Le poison...

Diane se  résigne à absorber la boisson empoisonnée, et demande l’assistance d’un confesseur. Ses  deux beaux-frères se retirent et l’enferment à clé. Elle en profite pour s’enfuir du château en sautant par la fenêtre de sa chambre. Elle régurgite le poison en glissant dans sa gorge une de ses nattes et elle court se réfugier dans une maison voisine…

... Le fer...

Voyant que Diane leur échappe, l’abbé et le chevalier la poursuivent, tout en jetant aux gens ébahis qui les regardent passer, que Diane est une malheureuse folle, qu’ils se chargent de ramener à la raison. Arrivés devant la maison où Diane s’est réfugiée, l’abbé monte la garde à la porte avec son pistolet et empêche quiconque d’entrer. Le chevalier pénètre dans la demeure, trouve Diane et lui assène plusieurs coups d’épée. Au dernier coup, l’épée se brise et la pointe reste figée bien avant dans son épaule.

... Le feu

Surgit l’abbé ! Il voit Diane toujours vivante. Il la vise de son pistolet et tire… Le coup ne part pas. De rage, il lui assène plusieurs coups de crosse sur la tête...

Horrifiées par les cris de Diane, les femmes de la maison accourent à son secours. Malgré leurs efforts, les tortionnaires prennent la fuite. Ils ne seront jamais rattrapés…

 Diane agonise d’atroce façon dix-neuf jours durant avant de s’éteindre, sous l’effet du poison, le 5 juin 1667. Sa mère dépose plainte immédiatement.

L'autopsie du corps

Le 6 juin 1667, les docteurs en médecine de l’université de Montpellier, Pierre Vedrines, Isaac Carquet et Pierre Teissier,  examinent le corps inerte de la marquise et constatent :

  • des noirceurs au niveau de la lèvre supérieure,
  • les dents sont noires et la langue toute écorchée,
  • le corps porte deux ecchymoses et sept plaies en partie cicatrisée dont « une à la partie superieurs de la mammelle droite »,
  • des inflammations et des noircissures dans le ventre,
  • une tumeur purulente de la grosseur d’un œuf de poule près du rein droit,
  • les intestins sont gangrénés et ulcérés,
  • la vessie est enflammée,
  • la matrice, le pancréas, le foie et les poumons sont altérés,
  • l’œsophage, l’estomac et le colon sont ulcérés et écorchés,
  • la tête est enflammée, le cerveau et toutes les veines sont  grossis et remplis de sang,
  • une ecchymose gangrénée se trouve dans la partie supérieure gauche du cerveau.
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Extrait des Relations des docteurs en médecine Pierre Vedrines, Isaac Carquet, et Pierre Tessier, de l'université de Montpellier sur l'empoisonnement de la marquise de Ganges, Diane de Joannis conservé aux Archives départementales de l'Hérault.

Jugement

L’abbé et le chevalier sont condamnés par contumace à être rompus vifs en place publique. L’abbé Perrette et le marquis de Ganges sont arrêtés et conduits devant le Parlement de Toulouse pour y être jugés.

L’abbé Perrette est condamné aux galères ; mais il ne montera jamais sur un bateau : il meurt sur le chemin qui le conduit à Marseille.

 Le marquis, sans être réellement reconnu coupable de complicité, est néanmoins condamné au bannissement perpétuel, à être dégradé de noblesse et à voir ses biens confisqués au profit du Roi. Il finit ses jours, quasi centenaire, à l’Isle-sur-Sorgue !

Un mystère à élucider

Cette affaire reste en bien des points un mystère. Il subsiste encore aujourd’hui de nombreuses zones d’ombre autour de cet horrible assassinat. Un véritable travail d’historien reste à accomplir. Plusieurs auteurs, parfois célèbres, se sont penchés sur le corps de la malheureuse et se sont attachés, dès le XVIIe siècle, à raconter dans les moindres détails ce qui avait bien pu se passer. Le dernier ouvrage en date est celui de Ferdy Bezzina-Dusfour.

Malheureusement, beaucoup de ces écrits ne se contentent bien souvent que de faire la part belle à la romance, sans distinguer les faits de l’imagination de l’auteur, sans citer les sources et parfois se contentant de reprendre, une fois n’est pas coutume, mot pour mot, ce qui avait été écrit auparavant par un auteur précédent. Sans parler, bien souvent, de l’inexactitude ou de l’approximation de la chronologie, des noms, des titres de noblesse, de la généalogie des protagonistes et des dates avancés…

Auteur : Archives départementales de l’Hérault – Fred Chauvet.

Dernière révision : novembre 2020