Le "President Warfield" a fait l’objet de différents usages. Avant l’affaire de l’"Exodus 1947", il fut d’abord utilisé comme ferry pour transporter des passagers sur de courtes distances sur la côte atlantique américaine. Il sera ensuite utilisé lors
Le 10 juillet 1947, 4 500 survivants de l’horreur nazie quittent le port de Sète sur un bateau de fortune dans l'espoir de gagner la Palestine.
Année 1947, l’Europe panse ses plaies. Des survivants de la Shoah quittent le continent et partent se reconstruire en Palestine. Là-bas, les Britanniques se retirent mais empêchent l’arrivée de migrants juifs.
De son côté, le Mossad s’active et organise le départ des survivants du système concentrationnaire. Il achète un navire baptisé « Président Warfield » et obtient le pavillon hondurien. Ce vapeur est en mauvais état mais il doit effectuer un transfert important. Le navire arrive le 9 juillet au port de Sète. L’arrivée est consignée sur le registre de mouvement des navires du bureau de la Douane (cote 940W 6). L’opération d’embarquement peut commencer et des camions déposent les réfugiés au môle Saint-Louis.
Le Mossad est conscient de l’hostilité de nombreux protagonistes et il faut brouiller les pistes. Le registre de mouvement des navires indique comme destination le port colombien de Baranquilla. Un autre registre lié aux importations de marchandises indique le nombre de 700 passagers comme capacité du navire (cote 4 S 787). Les 4554 réfugiés à embarquer dépassent de loin celle-ci.
Les autorités portuaires ferment les yeux mais ne peuvent ouvertement afficher leur soutien. Un jeu de dupes s’installe car des agents britanniques surveillent le port. Alors que le navire a besoin d’habilitations pour partir, les réfugiés vont pouvoir bénéficier du soutien de fonctionnaires. Dans ce sens, l’architecte naval, M. Tavière, dresse un procès-verbal certifiant la navigabilité du « Président Warfield » et l’inspecteur de la navigation, M. Pouilly, autorise son départ.
Une autre partie se joue à l’échelon central. Le Foreign Office exerce une pression sur son homologue français. Le Quai d’Orsay cède et demande aux autorités portuaires de bloquer le navire. A cette injonction s’opposera la conscience de Laurent Leboutet, alors commissaire principal du port et chef du secteur frontières du service des renseignements généraux. Alors qu’il avait reçu au préalable l’aval du préfet de l’Hérault, M. Weiss, il laisse partir le navire. Laurent Leboutet n’en est pas à son premier coup d’essai. Durant l’Occupation, il apporte son aide à des Juifs persécutés provoquant sa destitution. Le commissaire obtiendra plus tard le titre de « Juste parmi les Nations ». Un dossier est consultable à ce sujet sur le site du comité français pour Yad Vashem (https://yadvashem-france.org/dossier/nom/837/).
Pour le « Président Warfield », il faut partir et vite. On manœuvre lumières éteintes et sans assistance, celle-ci étant refusée par l’Inscription maritime alors soumise aux pressions de la hiérarchie. Nous sommes le 11 juillet, vers 2 heures du matin, l’équipage largue les amarres. Il s’arrête net, une amarre se prend dans l’hélice. Celle-ci finit par rompre, mais le navire s’échoue plus loin sur un banc de sable. C’est un vrai calvaire. On pousse les turbines à plein régime et le « Président Warfield » prend le large vers 4 heures du matin. Il sera bientôt rebaptisé « Exodus 1947 ». Du bref passage du navire subsiste une plaque commémorative au môle Saint-Louis, dans le port de Sète.
De cette histoire, les Archives départementales de l’Hérault ne conservent que deux documents attestant du passage du « Président Warfield » dans le port de Sète, c’est-à-dire le registre de mouvement des navires des Douanes (cote 940 W 6) et le registre des importations de marchandises tenu par l’Inscription maritime (cote 4 S 787). Il n’existe malheureusement aucune liste des passagers du bateau. L’embarquement à bord du « Président Warfield » a été relayé par la presse, notamment le Midi libre (articles parus entre les mois de juillet et d’août 1947). Mais l’histoire pour les passagers ne s’arrête pas là et sera ensuite commentée amplement par la presse.
Après avoir pris le large, le navire est donc rebaptisé « Exodus 1947 ». Il est pris en chasse et intercepté par la marine britannique. Les passagers sont transférés dans des navires-prisons et renvoyés en France, à Port-de-Bouc. Mais les passagers ne veulent pas débarquer et les autorités françaises refusent de coopérer. Les Britanniques se voient alors contraints de transporter les réfugiés jusqu’à la zone occupée de leur ressort en Allemagne. Les rescapés juifs du système concentrationnaire nazi sont renvoyés dans des camps en Allemagne. Ce retour forcé suscite un tollé parmi l’opinion publique mondiale et aidera finalement à la création de l’Etat d’Israël sous l’égide de l’ONU.
DEROGY Jacques, La loi du retour. La secrète et véritable histoire de l'"Exodus", Paris, éditions Fayard, 1969.
Auteur : Archives départementales de l'Hérault - Fabrice Descamps
Dernière révision : juin 2025